Quelques contes du Bénin

Gbeto vivi (l’homme)
  • Tu en doutes, Edjo ? Je m’y plais bien et je suis sûre que tu peux m’y rendre visite sans aucun risque.
  • Te sens-tu en sécurité ? reprit Edjo, sceptique. Je te comprends mal, tu as peur de la mort et tu te caches dans le fourreau de l’épée.
  • Tu exagères, rétorqua la souris, à ma connaissance, il n’y a rien de plus "doux " que l’homme. Je suis chez lui à l’abri des hiboux et de tous les autres oiseaux de jour et de nuit qui me persécutaient ainsi que tous les miens. Je mange gratuitement du fromage, de la moutarde. Je grignote des noix à volonté. L’homme est " doux ", " doux ", te dis-je. C’est le moins que je puisse dire. Dans sa chaumière, je trouve à me marier sans peine, je fais des enfants et toute ma progéniture mange à sa faim. Et ce n’est pas tout : mes frères et toute la gente ailée, les perdrix, les pintades et tous les autres vivent aux dépens de l’homme. Oui vraiment, je te le répète, l’homme est "doux".

Cette apologie intrigua le serpent car tout ce qu’il avait entendu de la souris était contraire à tout ce qu’il savait de l’homme jusqu’alors. Il accompagna donc la souris pour en savoir plus long.

Accroché aux branches d’un arbre, le reptile se mit à l’affût et, toute la nuit, il attendit que l’homme passa sur le chemin juste au-dessous de lui. Au petit matin, le serpent en vit un qui, se rendant à son labeur quotidien, s’approchait d’un pas alerte.

D’un saut, Edjo se jeta sur lui et lui planta ses crochets dans le gras du dos pour goûter la douceur de l’homme et vérifier ainsi les dires de la souris. Coup fatal pour l’homme car le venin du serpent était mortel et il s’écroula terrassé.

La nouvelle de la mort du laboureur se répandit comme une traînée de poudre. Parmi les rats et tous les autres parasites de l’homme, ce fut la consternation. On s’arrachait les cheveux. Ekou alla se plaindre au Lion, le roi de la forêt, toute en larmes et toute défaite.

Le roi convoqua sa cour, puis toute la population et l’on jugea le serpent.

"Le serpent doit répondre de son forfait ! " s’écria la souris.

Les bourreaux étaient déjà prêts à ligoter le coupable quand le sage Lion ordonna d’écouter d’abord l’accusé.

" Sire, dit alors le serpent, c’est mon amie la souris qui m’a trompé. Elle m’avait dit que l’homme était " doux " alors j’ai voulu le goûter.

  • Doux ?
  • " Doux ", Sire.

Un grand brouhaha parcourut la foule et les jurons fusèrent de tous les côtés vers Edjo car sa sottise apparaissait aux yeux de tous.

"C’est idiot, s’écria la souris. Ce n’est pas ce que je voulais dire !

  • Tais-toi ! gronda le roi des animaux. Le serpent est bien long mais il a les idées courtes ! "

Et il poursuivit :

"A partir de ce jour, j’ordonne que tout ce qui respire apprenne à parler sans équivoque ! Qu’on s’en souvienne !..."

Et l’assemblée se dispersa, chacun retournant à ses occupations. Mais c’est depuis ce jour-là que les serpents mangent les souris...


*L’harmattan : C’est un vent qui souffle pendant la saison sèche en Afrique occidentale