Quelques contes du Bénin

Une promesse trop bien tenue

Il lui tendit une lourde épée recourbée.

" Tu en auras sûrement plus besoin que moi. Quiconque tentera de te surprendre la nuit aura les os brisés par cette arme si tu lui en assènes un coup sur le dos. Et surtout, pas d’hospitalité ! "

A toutes ces recommandations, Sèché répondit le visage noyé de larmes : " Oui, mon chéri, je ferai selon ta volonté. Mais j’espère que tu feras aussi selon la mienne, c’est-à-dire que tu reviendras vite, n’est-ce pas ? "

Il ne dit rien de plus. Il semblait aussi avoir du chagrin à l’idée de quitter sa femme. Pourtant, il cacha sa souffrance pudiquement et sauta en selle en essayant de réprimer un sanglot... Et voilà, il était parti... Sèché regarda un instant sa silhouette s’effacer à l’horizon.

Puis elle revint s’enfermer solitairement dans sa chambre afin de retrouver un peu de calme dans ses soupirs...

Cependant, la nuit suivante, alors qu’elle était encore souffrante, elle entendit le grincement d’une clé qu’on essayait d’introduire dans la serrure. Elle se leva promptement, attrapa le yatangan qu’elle leva au-dessus de sa tête prête à frapper et cria :

" Qui est là ?

- Un blessé quelconque, répondit une voix d’homme à la porte. Je suis poursuivi. Vous ne m’abriterez pas ?

- Pas d’abri possible, mon cher, décampez ! "

Et elle n’entendit plus rien d’autre que les pas de l’homme qui s’éloignait en jurant...

Pourtant, à quelques temps de là, elle entendit de nouveau le bruit d’une clé dans la serrure. Mais cette fois la porte s’ouvrit. Elle se précipita sur le yatangan et le brandit bien haut. Son coeur bondissait dans sa poitrine.

Elle vit alors se dessiner l’ombre d’un homme dans l’entrée de sa maison. Il était masqué ce qui accroissait encore la peur de Sèché. L’homme s’avançait d’un pas imposant, comme fier de lui-même, et justement, il se dirigeait vers la chambre où se trouvait l’or.

Sans attendre davantage, Sèché le rejoignit d’un bond et lui assena un coup de yatangan sur le dos, comme elle l’avait promis à son mari. Elle frappa si fort que l’épée atteignit le coeur qu’elle trancha net. L’homme chancela et s’effondra lourdement sur le sol.

Alors, Sèché alluma sa lampe et enleva le masque de l’individu. Quelle ne fut pas sa surprise !... Sèché était médusée par ce qu’elle voyait... Elle regarda plus attentivement le visage de cet homme qui gisait là, sous ses yeux...

Eh bien, oui ! Elle ne pouvait plus en douter. Cet homme était son mari, son mari qu’elle croyait parti pour un pays lointain et qui était venu se voler lui-même !

Et pourquoi ? Elle ne sut jamais répondre à cette question.

Et pour tout le reste de sa vie, ce logis devint une galère et ses deux joues furent deux lits où des fleuves de larmes brûlantes coulaient sans cesse...