Quelques contes du Bénin

L’araignée, le mouton et le bouc

Cette scène se répéta plusieurs fois pendant la semaine du séjour si bien que le Mouton, penaud, décida de rentrer chez lui.

Sur le chemin du retour, il trouva, dans un champ, du vin de palme qui, seul, pouvait lui rendre sa bonne humeur. Mais il s’en remplit tant la panse qu’il dut se boucher l’anus avec une feuille pour pouvoir rentrer.

Arrivé à la maison, ses enfants réclamèrent à manger. Il décida de leur cueillir des papayes*. Mais pendant qu’il grimpait au papayer*, un enfant voulut enlever la feuille qui, pensait-il, gênait son père et tout le vin que ce dernier avait bu s’écoula. Alors le Mouton s’évanouit et trépassa...

Une autre fois, ce fut le Bouc que l’Araignée sollicita pour l’accompagner chez sa belle-mère. Mais ce dernier n’était pas bête comme le Mouton. Et il le montra...

Au moment de partir, l’Araignée donna au Bouc les mêmes instructions qu’au Mouton, à savoir : déposer un bol ou une assiette sur le bord du chemin à chaque endroit où elle pointerait sa canne.

En cours de route, l’Araignée fit comme elle avait dit mais le Bouc n’exécuta pas la consigne car il soupçonnait quelque ruse. Quand l’autre pointait sa canne quelque part, il remuait le sac, prenait un bol qu’il tapait sur le sol. Puis il le remettait dans le sac. Ainsi il put tout conserver et, dès son arrivée chez la belle-mère, il cacha le sac derrière la maison.

Lorsque le moment du repas arriva, l’Araignée envoya le Bouc chercher un bol pour recevoir sa part de nourriture. Prestement, le Bouc courut derrière la case et revint presqu’aussitôt avec un bol. Surprise et dépitée à la fois, l’Araignée ne put que lui donner ce qui lui revenait.

Trois jours de suite, le Bouc réussit à apporter le bol à temps et l’Araignée, de plus en plus fâchée, était obligée de le laisser manger. Tout de même, le quatrième jour, elle trouva une autre idée : elle envoya le Bouc à la chasse pour le compte de sa bellemère et profita de son absence pour dire à celle-ci :

" Ne nous servez plus le repas le jour. Attendez la nuit. Je me coucherai au plus près de la porte et me couvrirai du drap blanc. Vous me porterez vous-même la nourriture à la bouche et quand je dirai " Ton, ton, non ! vous me ferez boire. "

Malheureusement pour l’Araignée, le Bouc s’était caché derrière la case au lieu d’aller chasser et il avait entendu tout le complot. Alors, la nuit venue, il attendit que l’Araignée fut endormie pour s’introduire dans la pièce où elle dormait puis il la poussa tout doucement et prit sa place sous le drap blanc.

Au milieu de la nuit, la belle-mère arriva avec le repas et fit manger le Bouc en croyant faire manger l’Araignée. Entendant : " Ton, ton, non ! " elle lui donna à boire et repartit.

Le lendemain, après que le Bouc fut envoyé une nouvelle fois à la chasse, l’Araignée demanda à sa belle-mère pourquoi elle n’était pas au rendez-vous de la nuit. Bien sûr, elle répondit qu’elle y était. Alors, toutes deux comprirent que le Bouc les avaient eues.

Mais l’Araignée avait un autre tour dans son sac : elle décida de quitter sa belle-mère avant le retour de son compagnon afin de garder pour elle seule l’arachide grillée que leur hôtesse devait leur offrir. C’était, bien sûr, sans compter avec la ruse du Bouc qui, encore une fois caché derrière la maison, avait tout entendu.

Bien décidé à se venger d’une amie aussi ingrate, le Bouc partit avant le réveil de l’Araignée et il courut l’attendre sur le chemin du retour. Quand il l’aperçut, il se transforma en un joli foulard car il était un peu magicien. L’Araignée trouva le foulard à son goût, le ramassa et en couvrit son arachide grillée dans le sac.

Quelques instants plus tard, elle entendit une chanson dont elle chercha en vain la provenance. Elle comprenait :

"Clu, clu, clu, c’est très doux
Clu, clu, clu, c’est très doux
Rien de plus doux que
Ce que la belle-mère a donné. "

Mais sans savoir ce que cela signifiait.

Or c’était le Bouc qui chantait en mangeant les arachides grillées dans le sac. Mais l’Araignée ne s’apercevait de rien.

Arrivée à la maison, elle invita ses enfants à prendre ce qu’elle leur avait ramené de son voyage. Ceux qui se présentèrent avec de petits bols furent sévèrement châtiés car ils doutaient de la générosité de leur aïeule et ceux qui avaient apporté des bassines furent félicités.

Mais, à l’ouverture du sac, ce furent de grosses abeilles qui sortirent du sac et qui tuèrent toute la famille de l’Araignée...


* le papayer est un arbre des régions tropicales dont les fruits s’appellent des papayes et qui ressemblent à des melons