Quelques contes du Bénin

La puissance d'un sobriquet

De bouche à oreille, ce nom extraordinaire parvint jusqu’au roi qui s’indigna de cette appellation car il pensait qu’elle pourrait nuire à son autorité. Donc, un jour, il fit venir le jeune pêcheur à la cour et lui confia une bague qu’il dit sacrée et objet de la puissance du royaume en lui demandant de la garder précieusement. Le stratagème du roi jaloux se mettait en place.

Quelques années s’écoulèrent...

Et un jour, le roi invita la seconde épouse de Meïtchi-Boro à venir le voir. Il savait qu’elle était la confidente du pêcheur et lui promit monts et merveilles si elle arrivait à lui rapporter la bague. Séduite par les promesses du roi et pour en finir avec la misère qui l’épuisait, elle se décida finalement à lui rendre ce service, consciente cependant qu’elle allait livrer son mari au danger.

Et, comme tout le monde pouvait s’y attendre, entre époux, au lit, pas de résistances aux palabres ni aux tentations; même les plus grands secrets de leur vie pouvaient être dévoilés en ces instants d’intimité . C’est ce qui arriva à notre jeune pêcheur qui, aveuglé par l’amour éperdu qu’il portait à sa seconde épouse, lui indiqua l’endroit où il cachait la bague que le roi lui avait confiée.

La vilaine femme ayant obtenu le renseignement nécessaire prit le bijou et se rendit aussitôt chez le roi pour lui remettre la fameuse bague. Celui-ci la reconnut immédiatement. Il la prit vivement sans même remercier la traîtresse.

Sûr qu’il était maintenant de pouvoir se venger de ce pêcheur prétentieux, il se rendit au bord de la rivière et, à l’insu de tout le monde, jeta la bague dans les flots. Mais, curieusement, cette bague fut aussitôt avalée par un poisson qui la prit pour une de ses proies favorites.

Le stratagème évoluant comme il croyait, le roi convoqua Meïtchi- Boro dès le lendemain et lui réclama sa bague afin de s’en servir " à des fins utiles ", dit-il, " et dans l’intérêt de son peuple ".

Le pêcheur, confiant, revint sereinement à la maison où il mena des recherches vaines. Il retourna voir le roi qui ne voulut rien entendre de ses explications: " Ou tu me rends la bague ou tu perds la vie " finit-il par déclarer jouissant de la réussite de son idée.

Meïtchi-Boro repartit chez lui très soucieux. Néanmoins, dès qu’il fut rentré, il reprit ses recherches dans tous les coins et les recoins de sa maison. Mais, bien sûr, ce fut en vain.

Le jour de la remise de la bague était fixé. Elle devait avoir lieu sur la place publique et en présence de tout le peuple.

Le jeune homme réfléchit des jours durant sans trouver la moindre réponse à son problème. La veille du jour prévu pour la remise de la bague, il décida d’aller pêcher pour oublier un moment son malheur. Il eut de la chance et rapporta beaucoup de poissons qu’il vendit, se réservant le plus gros pour lui-même.

Rentré à la maison, il demanda à sa première épouse de lui préparer ce magnifique poisson pour son dernier repas car, n’ayant pas retrouvé la bague, il devait se préparer à mourir.

Pouvez-vous deviner la suite ?...

Pendant que la femme vidait le poisson, une bague tomba de ses entrailles. Le pêcheur, assis non loin de là, pensif, fut alerté par le bruit du métal tombant sur le sol dur. Il leva les yeux vers son épouse qui lui tendit, étonnée, la bague qu’elle venait de ramasser. Quelle ne fut pas la surprise de Meïtchi-Boro, c’était le fameux bijou !...

Le vaillant pêcheur se leva sans laisser paraître sa joie et remercia le seigneur de lui avoir sauver la vie. Le comportement du mari étonna bien la seconde épouse, auteur de la trahison, mais elle ne sut que penser car elle n’avait rien vu ni rien entendu. Hormis cette dernière, toute la maisonnée préparait le deuil de veuvage et d’orphelinat tel que la coutume le voulait.

Le lendemain matin, très tôt, la place publique était noire de monde. Chacun se demandait ce qui allait se passer si le pêcheur ne remettait pas la bague au roi. Les commentaires circulaient à propos du sobriquet.

Soudain, tous se turent. Un silence de mort s’étendit sur la place et la voix du roi retentit par celle de son porte-parole. L’angoisse planait. Le bourreau, debout, attendait l’ordre du roi.

Alors le pêcheur se détacha de la foule, avança lentement et fièrement vers le roi, le fixa un instant et lui tendit la bague.

Grande fut la surprise de sa majesté et de tout le public.

" Comment a-t-il bien pu retrouver cette bague ? " se demanda le roi

Dieu et Meïtchi-Boro, seuls, le savaient...

Toute la foule sidérée, trempée de sueur froide, admira le pêcheur pour sa chance et son sang-froid.

Le roi, ahuri, fut bien obligé de le remercier et, en récompense, il lui donna la moitié de ses biens, convaincu, depuis ce jour, que certains sobriquets révélaient des capacités incontestables...

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