Quelques contes du Bénin

Le prince et l'amour de Sika
Fa* m’a interdit de voir toute femme depuis que j’ai atteint l’âge de cinq ans".

Médusée par le spectacle qu’elle avait sous les yeux, la jeune fille ne bougeait toujours pas. Et soudain, le beau prince s’effondra inanimé. Sika prit peur et détala aussi vite qu’elle put.

Le lendemain matin, le valet qui lui apportait à manger constata la mort du prince et courut chez le roi annoncer l’affreuse nouvelle. Le roi informa la reine et tous deux fondirent en larmes.

Revenu de son émotion première, le roi fit appeler le devin. Informé de la situation, celui-ci annonça que tout espoir n’était peut-être pas perdu. D’abord, il demanda la convocation de l’assemblée du peuple. Puis il fit creuser une fosse au milieu de la place publique et la fit remplir de tout ce qu’il fallait pour faire du feu. Tout cela fut fait promptement.

Comme d’habitude, tout le monde était au rendez-vous. Alors, le devin fit allumer le feu et réclama le corps du prince qu’il fit jeter dans les flammes. Puis il invita le couple royal à rejoindre leur fils bienaimé dans le brasier. Le roi et la reine refusèrent catégoriquement en ajoutant qu’ils préféraient vivre pour faire d’autres enfants.

Alors, à la surprise générale, une jeune fille se détacha de la foule et se dirigea vers la fosse embrasée en chantant. C’était Sika et son chant disait:

Honte, honte, honte,

C’est une honte !

Avez-vous vu ?

C’est une honte !

Le père qui a cherché les feuilles la nuit ne s’est pas jeté dans le trou.

La mère qui a préparé la tisane la nuit ne s’est pas jetée dans le trou.

Honte, honte, honte...»

A ce moment, comme elle était arrivée au bord de la fosse, elle se précipita dans le feu. Un silence de mort plana sur toute la foule jusqu’à ce que tout fut consumé. Alors, dans le recueillement général, le devin s’approcha de la fosse et, d’un geste majestueux, aspergea les cendres d’un liquide magique.

Et, brusquement, dans un tourbillon extraordinaire, tout le monde vit apparaître au bord de la fosse Sika et le prince plus rayonnants de beauté que jamais personne n’aurait pu les imaginer...


* Les vodouns : les dieux, les fétiches dans la religion animiste du Bénin.
* Le Fâ : l’oracle
* L’akassa : La pâte de maïs

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