Quelques contes du Bénin

Le prix d’un entêtement
" Comme tu refuses toujours l’achat du cheval pour mon ami, j’ai honte de vivre dans ta maison et j’ai décicé de partir définitivement de chez toi. " Bien qu’il adorât son fils , le riche ne changea pas sa position...

Donc, un matin, le fils du riche qui se nommait Akouegnon *, sella son cheval et quitta son père pour une destination inconnue...

Il chemina de longs jours et de longues nuits et fut bientôt assailli par la faim et la fatigue. Comme il arrivait dans un village, il se dirigea vers le marché en pensant qu’il trouverait bien quelque chose à se mettre sous la dent et sous celles de son bon cheval.

Pendant ce temps, son père et sa mère, bouleversés par la longue absence de leur fils se mirent à le chercher et promirent une forte récompense à toute personne pouvant leur donner des renseignements sur les chemins qu’il avait pu suivre. Mais les recherches furent vaines.

Au marché, Akouegnon continuait de chercher quelque chose à manger mais, sans argent, il ne pouvait rien obtenir. Il s’approcha donc d’un marchand d’animaux et, désespéré, il lui demanda s’il voulait lui acheter son cheval. Comme la pauvre bête n’avait plus que la peau sur les os, le marchand lui proposa dix sous.

Sans autre commentaire, Akouegnon accepta dix sous et allait descendre de son cheval pour le remettre, la mort dans l’âme, à son nouveau propriétaire. Mais à ce moment, celui-ci reprit la parole pour lui dire :

" Vous étiez sur le cheval quand nous avons convenu du prix à payer. C’étaient donc cavalier et cheval qui, pour moi, valaient les dix sous annoncés ! "

La discussion dura longtemps malgré l’état d’Akouegnon et elle les conduisit chez l’autorité de la localité qui, finalement, donna raison au marchand.

Ainsi, le jeune et le cheval furent menés chez cet homme qui utilisa, à longueur de journées, les forces du garçon comme celles de son cheval. Et le temps passait...

Enfin, la nouvelle parvint au père d’Akouegnon que son fils vivait dans ce village. Il partit aussitôt et arriva aussi vite qu’il put chez le marchand qui employait Akouegnon et lui annonça qu’il venait reprendre son fils. Il alla jusqu’à lui promettre la moitié de sa fortune mais le marchand refusa toutes ses offres et il dut repartir sans son enfant. D’autres interventions ne modifièrent pas davantage la position du marchand.

C’est alors que l’ami d’Akouegnon, Gbetognon *, résolut de se rendre chez le marchand et de délivrer son ami de cette misère maintenant qu’il savait où le trouver. Il partit au plus vite et se présenta au marchand en lui disant : " Je veux une tête. " Sans autre précision.

La négociation aboutit à dix sous la tête. Gbetognon paya et réclama sa marchandise. Mais comme la tête désirée n’avait pas été précisée au départ, c’était la tête du vendeur que Gbetognon exigea. Le marchand réalisant le danger qu’il courait, conduisit son acheteur chez l’autorité locale où, après une longue palabre, il fut décidé que c’était l’acheteur qui avait raison et qui devait obtenir la tête du marchand.

Ce dernier supplia Gbetognon de lui laisser la vie sauve. Alors le jeune homme lui demanda toute sa fortune pour sauver sa tête. Le marchand accepta avec empressement et Gbetognon emmena tout, y compris le cheval et surtout son ami Akouegnon.

Sur le chemin du retour, il chantait joyeusement :

"Akouegnon ja ! Gbetognon ja ! " ce qui signifie : " Akouegnon arrive ! Gbetognon arrive ! "

Toute la population accourait pour les saluer. C’était la grande joie et le riche convint enfin que l’homme était supérieur à l’argent...


* Akouegnon : ce mot signifie, en langue locale, " l’argent est une bonne chose» ou encore « on a toujours besoin d’argent "

* Gbetognon , en langue locale, veut dire à peu près " l’homme est bon " ou encore " on a toujours besoin de l’homme "