Quelques contes du Bénin

Un chasseur ingrat

Le chasseur se dirigea, accompagné du jeune homme, vers l’endroit indiqué et aperçut bientôt les biches. Il visa, tira et en abattit une.

C’est alors qu’il constata qu’il n’avait rien pour la dépecer. Comprenant sa déconvenue, le jeune ouvrit son sac et sortit un couteau et une hachette. Puis il dépeça lui-même la bête, mettant de côté la tête, les pattes et la queue qui constituaient le trophée que le chasseur se devait de rapporter au village. Il prépara aussi le foyer et découpa la viande pour la faire boucaner*.

Cette besogne n’était pas terminée que le chasseur tira à nouveau et abattit un antilope. L’étranger se remit à la tâche... La viande étant boucanée, il fallait maintenant la transporter jusqu’au village. Mais la charge était trop lourde pour seulement deux personnes. Ils allèrent donc en vendre une partie dans les villages alentour et quand il ne resta plus que deux colis, le jeune homme proposa au chasseur de l’aider à porter sa viande jusque chez lui...

Le soir de la quatrième lune, ils atteignirent enfin le village où la famille s’inquiétait de la longue absence du chasseur. Dans la joie des retrouvailles, personne ne s’occupa de l’étranger qui dut seul décharger le colis de viande boucanée qu’il avait sur le dos. Et quand ce fut le moment de prendre congé, le chasseur le laissa partir sans le moindre remerciement.

Alors, juste au moment de le quitter, l’étranger, sans rien montrer de ce qu’il pensait mais en ponctuant bien ses paroles, dit au chasseur :

« TU TE SOUVIENDRAS DE MOI !... » Et il disparut.

Dès cet instant, la phrase de l’étranger accapara l’esprit du chasseur. Elle devint même une véritable obsession. Il était seul à l’entendre mais le phénomène s’amplifiait de jour en jour. Bientôt, ce fut l’étranger lui-même qui apparut au chasseur et ne lui laissa plus de repos.

Il alla donc consulter le Fâ* et le devin lut l’oracle :

" Tu es toi-même la cause de ton malheur. Le Fâ t’a vu si malheureux dans la brousse qu’il t’a envoyé une aide et, pour le remercier, tu t’es conduit comme un ingrat !... Pour apaiser leFâ, tu dois acheter une hachette neuve, un couteau neuf et immoler deux taureaux qu’il te faudra boucaner et transporter jusqu’au pied de la termitière près de laquelle tu avais rencontré l’étranger. "

Le chasseur fit tout ce que le Fâ avait exigé et lorsqu’il arriva près de la termitière, le jeune homme était là et il l’aida à décharger son fardeau.

La leçon avait été dure , mais le chasseur était enfin rasséréné...


*Boucaner : autrefois il fallait boucaner la viande pour qu’elle se garde malgré la grande chaleur.

*Le Fâ : c’est l’oracle