Quelques contes du Bénin

Les aventures de Tinyekpon

Et le surlendemain, c’était de son beau-père qu’il recevait la même demande à faire les mêmes travaux, sept jours plus tard. Tinyekpon se mit à réfléchir : " Voilà trois personnes qui me sont chères et qui me fixent une même date pour les aider dans trois champs différents ! Comment faire ? Si je ne vais pas dans le champ de mon ami, il sera vexé. Si je ne vais pas dans celui de mon Bokonon, j’aurai des ennuis.

Et avec mon beau-père, ce sera très grave si je le mécontente. " Tinyekpon était vraiment très embarrassé. Et il continua à réfléchir... La veille du fameux jour, il eut une bonne idée. Au premier chant du coq, il se leva, prit son fusil et s’en alla dans la brousse...

A l’endroit qu’il jugea favorable, il se mit à l’affût derrière un buisson et, bientôt, visa et tira. Alors, il courut chez son beau-père et lui dit, d’un air affolé :

"Dah, je viens de commettre un horrible crime. Je suis perdu, je suis déshonoré.

  • Qu’as-tu fait de si mauvais ? questionna le beau-père.
  • Je pensais vous apporter du gibier pour les travailleurs. Je suis donc parti à la chasse . Quand l’herbe a bougé, j’ai tiré et quand je me suis approché pour ramasser le gibier et j’ai vu un homme. Malheur à nous, j’ai tué un homme !
  • Ne dis pas malheur à nous, mais plutôt, malheur à toi seul, corrigea le beau-père. T’ai-je envoyé à la chasse ? Ne t’ai-je pas convié aux travaux champêtres de demain ? Et voilà que tu t’en vas tuer ton prochain. Sors d’ici ! Va répondre de tes actes ! Sans toi, mon champ sera labouré ! "

Tinyekpon prit un air très affligé pour sortir de chez son beau-père et se rendit chez son Bokonon. Là, il reprit les mêmes propos et le Bokonon lui tint le même langage.

Il ne lui restait qu’à aller voir son ami. Il le trouva dans son jardin et lui conta la même histoire. Son ami lui demanda :

"Quelqu’un t’a-t-il vu ? Est-ce qu’on a pu entendre le coup de fusil ?

  • Non, je ne le pense pas. "

Alors l’ami lui offrit à boire en disant :

" Réconforte-toi pour commencer, et d’ajouter, attends-moi un instant. "

Il revint bientôt avec une houe, un coupe-coupe et une pioche. Puis il cria à sa femme :

" Nous nous rendons dans la brousse pour chercher des racines médicinales."

Tous deux se rendirent alors près de l’endroit où le corps devait être. L’ami se mit à creuser et Tinyekpon le regardait faire .

" Allons prendre la mesure de ce corps pour adapter le trou à la bonne taille."

Tinyekpon lui montra l’endroit et l’autre s’avança seul. Mais soudain, il s’écria :

" Tu t’es trompé ! Ce n’est pas un homme que tu as tué c’est une antilope ! "

Alors Tinyekpon répondit :

" En effet, c’est bien une antilope et tu la mangeras seul avec ta femme et tes invités. "

Et il lui raconta le stratagème qu’il avait imaginé pour résoudre le problème des trois invitations simultanées. Puis il conclut:

" C’est dans le malheur qu’on connaît ses vrais amis. "


*Tin yè kpon signifie " Mets-les à l’épreuve" en fon qui est une langue nationale parlée dans le Sud du Bénin.