Quelques contes du Bénin

Tel est pris qui croyait prendre

Or, pour cette cérémonie, toutes les reines passaient devant le roi installé près de la grande porte du palais. Elles faisaient grande toilette ce jour-là , s’enduisant le corps de beurre de karité, se couvrant le cou et les bras de poudre et portant, sur leur pagne, leurs plus belles perles autour des hanches. Arrivées devant le roi et, pour lui seul, chacune d’elles devait ouvrir l’unique pagne qu’elle portait.

A l’annonce de cette cérémonie, Dansi se sentit perdue car le roi allait découvrir son véritable état et elle serait châtiée sévèrement. Cela ne faisait aucun doute.

Immédiatement, elle résolut de s’enfuir. Mais il lui fallait franchir les quarante portes gardées chacune par un chien. Elle prépara donc quarante boules de pâte de farine de maïs qu’elle mit dans une calebasse. La nuit venue, elle sortit silencieusement. Chaque fois qu’elle arrivait à une porte, elle donnait une boule au chien pour l’empêcher d’aboyer.

Elle réussit ainsi à sortir du palais et à gagner la brousse sans grandes difficulés, même si elle avait eu très peur. Elle marcha, marcha longtemps et rencontra l’hyène :

" Hyène, dévore-moi, dit-elle, je suis trop malheureuse ! " Mais l’hyène refusa et continua son chemin. Un peu plus loin, elle rencontra la panthère :

" Panthère, mange-moi, je suis trop malheureuse ! " Elle aussi refusa et, plus loin encore, c’est la Mort qu’elle rencontra :

" Emporte-moi, implora-t-elle, je n’ai plus envie de vivre ainsi !

  • Mais pourquoi te lamenter pareillement, lui répondit la Mort, je connais la cause de ton chagrin et je peux t’aider car je sais te changer en fille. "

Ayant parlé et sans attendre de réponse, elle trancha net le sexe du garçon et souffla dessus le transformant immédiatement en un tubercule de manioc qu’elle remit à Dansi.

Ainsi, sans le moindre mal, Dansi était devenue une femme...

" Garde-toi bien de manger ce manioc, ajouta-t-elle avant de dis paraître, car toute femme qui en mangera, sur le champ, deviendra un homme. "

Dansi n’avait plus aucune raison de se cacher maintenant. Elle retourna donc au palais, toute joyeuse.

Le lendemain, pour manifester sa joie, Dansi chantait en pelant le manioc du prochain repas. Ses chansons parvinrent jusqu’aux oreilles d’Alougba qui accourut bien vite, étonnée qu’elle était en voyant Dansi aussi gaie malgré l’annonce de la cérémonie qui devait la mettre dans le plus grand embarras.

" Que fais-tu là ? demanda-t-elle.

  • Je pèle du manioc que mon père m’a envoyé, répondit Dansi. En veux-tu ? "

La vieille ne se fit pas prier et accepta le tubercule que Dansi lui tendait. Alougba le prépara pour son repas. Mais dès qu’elle eut commencé à le manger, elle sentit des démangeaisons dans les parties intimes de son corps. Elle se gratta, mais à mesure qu’elle se grattait, elle sentait se former, sous sa main, des organes génitaux masculins.

Quelques moments plus tard, elle était devenue en tout point semblable à un homme...

Vint le jour des cérémonies. Toutes les reines soigneusement toilettées, se joignirent à Dansi pour défiler devant le roi. Dada-Segbo les observait une à une et s’étonna bientôt de ne pas voir Alougba.

On tendait vers la fin de la cérémonie, quand le roi, impatient, l’envoya chercher. Il fallut fouiller tout le palais avant de trouver Alougba, blottie dans un coin et poussant des gémissements dont elle ne voulait pas dire la cause.

Lorsqu’elle fut devant le roi, il fallut l’obliger à ouvrir son pagne comme c’était la coutume. A la vue de son état, le roi entra dans une terrible colère :

" Menteuse, s’écria-t-il. Infâme calomniatrice qui voulait me faire perdre ma chère Dansi. Tu serviras d’exemple aux autres ! "

Et le roi ordonna qu’on lui trancha la tête et que toutes les reines marchent dans son sang pour retourner au palais .

Tel est pris qui croyait prendre...