Quelques contes du Bénin

Plus malin que le chef

Ayant pris connaissance du nom de son nouveau sujet, le roi s’indigna fort de cette hardiesse. Il ne pouvait supporter que son pouvoir fût mis en cause ; même par le nom d’un nouveauné. Alors il résolut tout simplement de se débarrasser de ce petit gêneur.

Il réfléchit longtemps pour trouver un bon moyen. Des années s’écoulèrent...

Puis un jour, il convoqua tous les enfants qui avaient le même âge que Tchobere Bissa Kpei et leur annonça :

" J’ai décidé d’offrir à chacun de vous une belle vache mais, dans deux ans, vous devrez me rapporter la génisse qu’elle aura mis au monde et que vous aurez bien soignée. Attention, celui qui ne me la ramènera pas sera sévèrement puni. "

Et chacun retourna chez lui avec sa vache mais, en réalité, à Tchobere Bissa Kpei, c’était un taureau qu’il avait offert... Au bout d’un an , tous les enfants avaient déjà une génisse à rapporter au roi, sauf Tchobere Bissa Kpei qui se rendit compte que l’animal qu’il avait reçu était un mâle et qu’il ne pourrait jamais rapporter au roi la génisse qu’il avait exigée. Il comprit alors que le roi cherchait à lui nuire et décida de déjouer la supercherie.

Une nuit, il se rendit dans la cour du palais, grimpa dans le grand baobab qui abritait les palabres et se mit à couper des branches. Réveillé par le bruit, le roi envoya un garde s’informer sur l’origine de ce bruit. Celui-ci ramena bientôt l’enfant devant le roi qui l’interrogea :

" Que fais-tu dans cet arbre en pleine nuit ?

  • Je cueille les fruits du baobab, Sire. "

Le roi l’interrompit pour ajouter :

" Comment ? Ai-je bien entendu ? Qu’as-tu donc de si important à faire pour oser voler les fruits de mon baobab?

Sans s’émouvoir, Tchobere Bissa Kpei répondit :

" C’est pour préparer la bouillie nécessaire à mon père qui vient d’accoucher."

  • Tu te moques de moi ! Depuis quand les hommes sontils capables d’accoucher ?
  • Mais, Sire, depuis que tu m’as donné un taureau en exigeant que je te rapporte la génisse qui devait en naître. "

Le roi comprit que cet enfant était très malin et il le laissa partir. Néanmoins, il restait décidé à se débarrasser de lui et chercha un autre moyen.

A quelque temps de là, le roi fit creuser un puits très profond qui fut aussitôt recouvert d’une natte. Puis il organisa une fête au cours de laquelle " Plus malin que le chef " serait à l’honneur.

Heureusement, Tchobere Bissa Kpei était bien informé et il chercha le moyen d’échapper une seconde fois au plan diabolique du roi. En grand secret, il fit creuser un trou dans le sol de sa maison, puis une galerie qui menait jusqu’au fond du puits que le roi avait fait préparer quelques jours plus tôt.

Le jour de la fête arriva. " Plus malin que le chef " se présenta le dernier sur les lieux de la cérémonie. Dès qu’il le vit, le roi l’invita à s’installer sur la natte étendue au-dessus du puits.

Tchobere Bissa Kpei demanda :

" Pourquoi est-ce à moi qu’on fait tant d’honneur ?"

Et, sans attendre la réponse, il voulut s’installer là où le roi l’invitait à le faire. Mais, patatras ! la natte s’effondra et il se retrouva au fond du puits qu’il quitta au plus vite en suivant la galerie pour rejoindre sa maison.

Dès que le jeune garçon eut disparu, le roi fit verser la bassine de boisson bouillante qui était toute prête, espérant ainsi éliminer le garçon.Mais au fur et à mesure que le liquide était versé dans le puits, Tchobere Bissa Kpei le récupérait dans des jarres au bout de la galerie.

Bien sûr, les invités n’avait rien vu de la scène. Ils purent donc commencer à festoyer dès que le roi l’autorisa ; ce dernier, lui, se réjouissant de la fin tragique du garçon.

Le lendemain, Tchobere Bissa Kpei invita tout le village à continuer la fête chez lui et il distribua la boisson qu’il avait récupérée au fond de la galerie.

Quand il apprit cela le roi entra dans une terrible colère. Finalement, confondu par l’esprit malin du jeune garçon, il se donna la mort. Et Tchobere Bissa Kpei devint roi à sa place sur toute la contrée de Dondougou...