Quelques contes du Bénin

La panthère et la ruse du chat

D’abord effrayé par cette horrible idée de la Panthère, le Chat réfléchit beaucoup à tous les aspects de leur situation et, finalement, accepta la proposition de son amie, la Panthère.

Il posa tout de même une condition : la Panthère devait commencer la première. Cette dernière, pour montrer sa bonne foi, décida de commencer le jour même. En secret, car elle avait honte, elle tua donc l’un de ses enfants et en fit envoyer la moitié chez le Chat.

Le chat fut muet sur l’accord qu’il avait passé avec la Panthère et il prit soin de ne donner à manger à sa famille que le tiers du gros gigot de panthère qu’il avait reçu.

Le second jour, c’était au Chat d’envoyer sa part à la Panthère.

Mais, au lieu de tuer l’un de ses enfants, il envoya l’un des tiers restants du gigot de la veille et il alla cacher un enfant dans un arbre.

La Panthère, consciente qu’un chaton n’était pas aussi gros qu’une petite panthère, ne se plaignit pas de la quantité de viande qui lui était envoyée. Pour mieux cacher sa ruse, le Chat avait cuisiné la viande avec un peu de sel et de piment, ce qui l’avait rendue plus appétissante pour la Panthère.

Et ce fut ainsi, régulièrement, jusqu’à ce que la Panthère ait fini de tuer tous ses petits. Quant au Chat, il avait caché tous les siens dans l’arbre. Dans la journée, ils ne mettaient jamais plus le nez dehors et c’était le Chat qui allait glaner quelques grains pour accompagner la viande de panthère.

Heureusement, les pluies commencèrent enfin à tomber. On pouvait donc retourner aux champs pour travailler la terre et préparer la récolte suivante. Le Chat ne pouvait travailler seul et, théoriquement, il n’avait plus d’enfants pour l’aider. Il lui fallait trouver un moyen pour faire descendre ses enfants de leur arbre sans éveiller les soupçons de la Panthère.

Il se rendit chez elle et lui dit : " Le temps des semailles est proche et il nous faut labourer la terre. Demain, je ferai venir mes neveux pour m’aider car je me sens très fatigué après ces terribles épreuves et je ne peux travailler seul. "

Ainsi, le lendemain, le Chat fit descendre cinq de ses petits qui l’accompagnèrent au champ. La Panthère fut très surprise de la ressemblance entre les enfants du Chat et ses neveux et elle posa de multiples questions auxquelles le Chat répondit sans bégayer.

Cependant la Panthère doutait de la sincérité de son ami et elle lui demanda de lui prêter l’un de ses enfants pour l’aider dans son propre champ, ajoutant qu’en retour elle l’hébergerait et le nourrirait. Elle pensait ainsi pouvoir continuer son investigation après du chaton en dehors de la présence du père. Le Chat se sentit obliger de le lui promettre pour le lendemain matin et il partit.

Rentré à la maison, il tint un conseil de famille car il savait que le risque serait grand d’être dévoré pour celui de ses enfants qu’il enverrait chez la Panthère.

" Lequel d’entre vous sera capable de déjouer le plan de la Panthère ?

  • Moi ! dit le benjamin des chatons. Je peux braver la Panthère mais je ne pourrais pas courir assez longtemps si elle me poursuivait.
  • J’y ai pensé, répondit le Chat. Si c’est toi qui va aider la Panthère, tu suivras bien toutes les directives qu’elle te donnera jusqu’à ce que tu sois dans son champ. Là, il te faudra guetter le meilleur moment pour prendre la fuite et, sur ton chemin, tu trouveras une corde pendant d’un arbre ; dès que tu le pourras, tu la saisiras et nous la tirerons pour te hisser dans l’arbre aussi vite que nous pourrons. Quant à la Panthère, nous lui réservons une surprise désagréable. "

Toute la famille resta un instant silencieuse puis le plan diabolique fut mis en place très soigneusement car le sort de Petit Chaton était en jeu...

Le lendemain, ce dernier se rendit chez la Panthère comme il était convenu. Il l’accompagna au champ mais, à aucun moment, il trouva le moyen de s’enfuir.

Le soir, il rentra donc avec la Panthère qui remplit une marmite d’eau qu’elle mit à chauffer sur le feu. Elle demanda au chaton de surveiller l’eau et de la prévenir lorsqu’elle commencerait à bouillir; puis elle rentra dans sa case en se disant qu’au moment où le chaton entrerait pour lui dire que l’eau bouillait elle l’attraperait et le jetterait dans la marmite.

"Cela me fera enfin un bon repas après cette dure journée de travail ! " murmura-t-elle dans ses babines."

Petit Chaton, blotti dans son coin, avait deviné le plan de son hôte. Il lui fallait vite trouver une parade. Il laissa passer un moment ; puis il jeta l’eau de la marmite et, vite, la remplaça par de la froide. Aussitôt, il prévint la Panthère que l’eau était comme elle avait dit. Celle-ci le saisit et le jeta précipitamment dans la marmite sans rien vérifier. Dès qu’elle eut tourné le dos, le chaton sauta hors de la marmite et, tout trempé, courut aussi vite qu’il put vers sa maison.

La Panthère entendit bien un bruit mais lorsqu’elle réalisa ce qui se passait, le chaton était loin et il apercevait déjà la corde dont son père lui avait parlé la veille.

Il la saisit bientôt et la Panthère le vit de loin s’élever au bout de la corde jusque dans l’arbre. Lorsqu’elle arriva au pied de cet arbre, la corde pendait à nouveau, elle s’en saisit et se sentit aussitôt tirée vers le haut mais, à mi-hauteur, c’est elle qui reçut l’eau bouillante. Sous la douleur, elle lâcha prise et retomba lourdement sur le sol.

Alors, prenant ses jambes à son cou, elle se mit à courir si vite que même un éléphant n’aurait pu l’arrêter. Elle s’enfonça loin dans la brousse et ne revint plus jamais dans les parages.

C’est depuis ce temps-là que la panthère est devenue un animal sauvage et qu’elle vit loin des villages et des hommes...