5. La phonétique combinatoire du vezo.

  

5.1. Qu’est-ce qu’un phonatome ?

5.2. Observations générales.

5.3. Phonatomes et occurrences.

5.4. Creux et crêtes.

5.5. La diphtongaison (suite).

5.6. L’accent en vezo.

5.7. Les problèmes d’emprunt.

_______________________________

CVC
446
CVV
53
[j]VV
35
[w]VC
32
VCV
31
C[w]V
30
CCV
29
CVEsp
21
CV[j]
17
VVC
17
CV[w]
15
Esp VC
13
V[j]V
11
[w]VEsp
10
V[w]V
9
C[j]V
7
Esp VV
6
[j]VEsp
5
VCC
4
CC[j]
2
VV[j]
2
VV[w]
2
VVEsp
2
Esp CV
2
CVC
1
[w]V[j]
1
CC[w]
1
CCC
1
CVV
1
V[j]Esp
1
VC[w]
1

 

VCV
58
CVC
42
CCV
22
C[w]V
21
V[j]V
18
CVV
13
CV[j]
9
VC[w]
6
C[j]V
5
CV[w]
4
[w]VC
4
[w]V[j]
3
VVC
2
V[w]V
1
[w]CV
1
VV[j]
1
[j]VC
1
[nt]VC
1
[j]VEsp
1

 

VCV
51
CVC
49
VCC
45
VVC
36
[w]VC
11
[j]VC
9
V[w]V
7
V[j]V
5
V[j]C
3
VV[j]
3
VV[w]
3
[w]VV
3
CVV
3
C[j]V
2
[w]V[j]
2
VVV
2
V[w]C
1
[j]CC
1
[w]CC
1
CV[j]
1
CV[w]
1
CVC
1
VVC
1

- des diphtongues ouvrantes (l'aperture de la première voyelle est plus fermée que celle de la deuxième) : [ia] dans «lia», «riake», «mialy»..., [ua] dans «voalo^e», «koahe», etc.

- des diphtongues fermantes pouvant combiner un changement d'aperture avec déplacement à l'avant ou à l’arrière de la masse de la langue :

* les diphtongues fermantes antérieures ([ai] dans «ailitse»)

* les diphtongues fermantes postérieures ([au] dans «avao», [eu] dans «mbeo»).

- les diphtongues centralisantes (la langue tend au cours de l'articulation à retrouver sa position de repos) : [ae] dans «hamae» prononcé rapidement, [ue] dans «roe».

Mais il arrive parfois, dans un débit modifié, qu'une voyelle se transforme en semi-consonne ou bien qu'une semi-consonne se glisse entre deux voyelles : /aia/ peut devenir [aja], /zahai/, [zahaj]. Et les combinaisons deviennent de ce fait très nombreuses en faisant une des originalités du vezo et confirmant ainsi son relatif relâchement articulatoire.

Les triphtongues aussi ne sont pas rares. Ainsi, avons-nous [aia] («aia»), [uai] («goay»), [u au] («ho aho»), etc.

Mais on assiste aussi à une monophtongaison des diphtongues et triphtongues et apparition de nouvelles voyelles intermédiaires. Ainsi [au] devient [o], [avau] -> [a vo], [ai] -> [æ] et [zahai] -> [zaæ].

Le vezo, comme toute langue, est en perpétuelle évolution. Assiste-t-on, comme en français ou en merina, à une disparition ou une diminution des diphtongues ? Seule une étude diachronique pourrait le confirmer ou l'infirmer.

Dans le tableau général p. 70 sur les phonatomes binaires, on peut lire toutes les combinaisons possibles de voyelles entrant dans la formation des diphtongues.

5.6. L'accent en vezo.

Il y a plusieurs définitions possibles de l'accent. Dans cette étude, ce ne sera pas ce qui distingue un Vezo du Nord d'un Vezo du Sud (= ils n'ont pas le même accent). Voici ce qu’on note en prosodie :

- L'accent de durée est très souvent utilisé, l'élément accentué étant perçu comme plus long (p. Ex. De 3/100 s à 33/100 s pour les [a], jusqu'à 30/100 s pour les [e] et 24/100 s pour les [u] alors que les temps moyens d'émission sont respectivement de 5/100 s, 7/100 s et 4/100 s.

- Simultanément ou non, on peut avoir un accent d'intensité : la syllabe accentuée est prononcée avec plus de force, la consonne est nettement accentuée et le timbre de la voyelle est claire. (P. ex. dans [murund'a:va], [a] un accent de durée et un accent d'intensité. Dans [T'atitsi], [a] a seulement un accent d’intensité. Il semble qu'il y ait surtout une augmentation de durée pour les consonnes voisées.

- Les tons n'existent pas en vezo. Il ne semble pas y avoir d'accent mélodique sauf, si comme l'accent d'insistance, il relève de la phonolinguistique.

Dans chaque groupe de souffle, il y a aussi une hiérarchie des accents permettant de découper ce dernier en groupes accentuels et rythmiques.

[b’akamurund’avândzulel’itsakekwa]

« Bak’ a Morondava : anjo lehe litsake koa »

« Depuis Morondava, c’est la saison des pluies, mon ami »

En français, la place de l'accent étant fixe, elle n'a pas de valeur distinctive mais en vezo, ce n'est pas le cas. Pour un même groupe de souffle, un déplacement de l'accent peut changer complètement le sens de la phrase :

[mij'aviha] («tu viens») est différent de [mijav'i iha] («viens !»), [tik'apikeñe] («la cachette») est différent de [tikap'ikeñe] (la cacahuète»).

L'accent individualise donc l'unité où il est présent par rapport aux autres unités du même groupe de souffle. Il la met en valeur pour donner son sens propre à la phrase correspondante. Il y aura mise en contraste.

En résumé, d'une manière générale, toutes les combinaisons de sons (le plus souvent CV) ne sont pas produits avec la même intensité. Certaines sont plus faibles (atones ou inaccentuées) pour des raisons de voisement mais pas toujours ou parce qu’on se trouve en fin de groupe accentuel. D’autres sont plus fortes.

5.7. Les problèmes d'emprunt.

Le Vezo aime utiliser nombre de mots étrangers surtout ceux appartenant à la langue française. De ce fait, il introduit des sons étrangers à son propre système phonétique et le déstabilise en permanence. Si, au début, le mot étranger est prononcé à la manière vezo, peu à peu et à force de l'entendre prononcé par les étrangers ou les médias, le mot reprend sa prononciation d’origine. Ex. : « maîtresse » est appelé « deuxième bureau ». Ce mot étranger pourra être prononcé [dezjembirau] ou [dœzjembyro] selon le statut social de l’individu. Pour François, notre informateur, le problème se pose peu car il a très peu subi les influences étrangères. En général, le Vezo adapte partiellement sa prononciation aux mots d’emprunt. Il faudra en tenir compte lorsqu’on élaborera le système phonologique de l’idiolecte en question.

 

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