3. L'émission : phonétique physiologique

 

3.1. Généralités.

3.2. Etude physiologique des consonnes.

3.3. Conclusion.

3.4. Etude physiologique des voyelles.

3.5. Conclusion.

 

 4. Les occurrences de sons.

______________________________

 

3.1. Généralités

Après avoir étudié la transmission et la réception des sons en partie avec des appareils, nous abordons maintenant l'étude des sons au niveau production avec l'utilisation d'organes humains adaptés à cette tâche. Auparavant, il faut préciser que l'interprétation des faits sur le plan acoustique malgré l'utilisation d'appareils plus ou moins sophistiqués et considérés comme fiables est entachée d'erreurs par l'utilisation de nos sens.

En effet, notre oreille et notre cerveau sont depuis l'enfance conditionnés pour entendre certains sons qui s'intègrent dans le système de la langue maternelle. Si l'oreille d'un français entend un son étranger, par exemple un [ñ] vezo, son cerveau l'interprétera comme un [gn] ou un [ng] selon la voyelle qui le suit et non un [ñ] palatisé mouillé ou un [ñ] vélarisé non mouillé tel que le conçoit un Vezo. Ce dernier est surpris quand un Français essaie pour la première fois de prononcer ce son. Le Français confondra presqu'à coup sûr un [f] ou [v] fricatifs d'un [ƒ] ou [¥] spirants. Il pourra même dans certains cas confondre [h] et [r] phonétiquement très proches si on considère leur mode d'articulation. Les erreurs s'accentueront de façon dramatique si la personne a une mémoire plus visuelle qu'auditive comme l'auteur de ces lignes. Elle sera persuadée d'entendre vraiment des sons inexistants qu'elle aura lus car, souvent, la graphie diffère de la production orale surtout s'il n'y a pas eu de mise à jour sur plusieurs siècles comme c'est le cas en français. On écrit encore «eau» un son qui se prononce maintenant /o/. Au début de notre étude phonétique du vezo, nous étions persuadés d'entendre [kua] pour « koa » alors que normalement c'est [kwa]. Nous croyions entendre [vualuha^e] pour « voaloha^e » alors que la production la plus fréquente de notre informateur est [vulu^e]. C'est dire que l'étude phonétique d'un dialecte surtout si son écriture est plus ou moins standardisée demande un temps très long avant de prendre de bonnes habitudes d'écoute. L'apprenant doit se détacher complètement de toute graphie parasite pouvant gêner d'éventuelles interprétations. Il faudrait en outre éliminer tout problème de surdité. Afin de saisir les diverses nuances des productions sonores, on s’astreint à de nombreuses répétitions orales du corpus enregistré préalablement. L'ordinateur permet un découpage très fin des groupes de souffle, des syllabes et même de sons ou parties de sons et aucune manipulation physique lourde comme elles existent sur un magnétophone n'est nécessaire.

Comme en phonétique acoustique, nous ferons une distinction entre les sons entravés appelés habituellement consonnes ou semi-consonnes et les sons non entravés appelés habituellement voyelles. Nous verrons plus loin ce qui distingue les voyelles des consonnes.

3.2. Étude physiologique des consonnes.

Comme en acoustique, 21 sons simples entravés ont été recensés concernant l'idiolecte étudié : [b, d, f, g, h, k, l, m, n, ñ, p, r, s, t, v, z, ƒ, ¥, j, w, ^]. D'un point de vue strictement phonétique, il y en a infiniment plus. Ainsi pour le [r], on en a noté, quoique rarement, des roulés à un ou plusieurs battements, quelques grasseyés, mais surtout des relâchés à fortement relâchés jusqu'à parfois se fondre complètement dans la voyelle qui le suit surtout si cette dernière est très ouverte. Pour le [h], on a aussi noté un champ de dispersion très vaste : de fortement expiré à totalement inexistant pour un même contexte parfois. [k] et [g] subissent d'importantes modifications selon la voyelle qui les suit. [t] s'étire devant [i] et s'arrondit légèrement devant [u] par exemple. En général chaque son anticipe en partie les caractéristiques du son qui le suit, ce qui explique mais pas complètement leurs nombreuses variations d'émission. Des sons entravés comme [f] et [v], de fricatifs deviennent très spirants dans les mots qui apparaissent fréquemment dans le corpus. Ainsi, «avao» qui a une haute fréquence d'apparition est souvent entendu [a vo]. [h] disparaît pour la même raison. «koahe» prononcé lentement s'entend [kuahe], mais prononcé rapidement [kwe].

Donc la notation utilisée ici est très incomplète mais comme dit justement Paul Passy en 1925 : «On a déjà inventé trop de signes pour des variétés de sons n'ayant pas de valeur distinctive. C'est une manie funeste qui risque de nous entraîner de plus en plus loin (il n'y a pas de raison de s'arrêter) et qui finirait par rendre les textes phonétiques illisibles. Ne noter dans les textes que les différences significatives, c'est une règle d'or dont on devrait jamais se départir» (Paul Passy, in Le maître phonétique, no 12 (1925), p. 29.). Mais ces considérations génèrent un problème insoluble car, par définition, il faut noter ce qui n'est que glissement continu d'un son à l'autre par des unités graphiques qui, étant en nombre fini, seront nécessairement discrètes. D'où l'imperfection de toute notation phonétique dont il faut malheureusement s'accommoder.

De façon générale, la prononciation des sons entravés vezo est peu tendue et la nasalité domine. En outre, des oppositions comme [f]~[v], [t]~[d], [s]~[z], etc. sont moins nettes qu'en français et déroutent celui qui veut apprendre ce dialecte. Comme il a déjà été dit, l'effort de prononciation se situe surtout en début de groupe de souffle pour se disperser à la fin. On a une impression toute suggestive de douceur et de nonchalance accentuées par une relative nasalité.

Concernant les lieux d'articulations et si on veut faire une comparaison avec le français, il semblerait que le vezo ait une préférence plus grande pour les sons postérieurs. Les lèvres s'arrondissent peu et le larynx est fréquemment sollicité. Le voile du palais aussi, est largement utilisé. Mais la fermeture des cavités nasales est moins franche qu'en français pour les sons oraux. Voici les lieux d'articulation utilisés en vezo:

- sons bilabiaux : [b, m, p, ƒ, ¥]

- sons labio-dentaux : [f, v]

- sons apico-dentaux : [t, d, n]

- sons apico-alvéolaires : [s, z, l, r]

- sons dorso-palataux [j, "ñ", k, g (placés devant des voyelles avant ou centrales)]

- sons dorso-vélaires [w, "h", k, g (placés devant les voyelles arrière)]

- sons laryngaux [h, ^]

On a longtemps hésité pour deux notations différentes de [k, g, ñ] : post-palatale et vélaire. S'il avait fallu adopter ce point de vue dont la simplification anticipe sur les distributions complémentaires des phonèmes qu'on verra plus loin, alors pourquoi ne faisons-nous pas de même pour toutes les consonnes qui subissent l'influence des voyelles avoisinantes ? Mais le problème n'en est pas réglé pour autant.

 

Lèvres

Langue

Dents et/ou alvéoles

Palais

Voile du palais

Larynx, lèvres vocales

[b]

+

 

 

 

 

 

[p]

+

 

 

 

 

 

[ f]

+

 

 

 

 

 

[¥]

+

 

 

 

 

 

[h]

 

 

 

 

 

+

[^]

 

 

 

 

 

+

[f]

+

 

+

 

 

 

[v]

+

 

+

 

 

 

[m]

+

 

 

 

+

 

[d]

 

+

+

 

 

 

[t]

 

+

+

 

 

 

[l]

 

+

+

 

 

 

[r]

 

+

+

 

 

 

[s]

 

+

+

 

 

 

[z]

 

+

+

 

 

 

[n]

 

+

+

 

+

 

[g]

 

+

 

+

 

 

[k]

 

+

 

+

 

 

[j]

 

+

 

+

 

 

[w]

 

+

 

+

 

 

[ñ]

 

+

 

+

+

 

Les organes utilisés pour la production des sons en vezo vont des lèvres aux cordes vocales. Mais toutes les possibilités articulatoires ne sont pas utilisées, loin s'en faut, comme dans toute langue. Douze sons utilisent des organes à constitution symétrique avec resserrement ou obstruction totale : [p, b, ƒ, ¥, m] pour les lèvres, [b, d, g, n, ñ, m, v, ¥ , z, h, ^] pour les cordes vocales. Dix sons mettent en jeu deux organes différents : [f, v] utilisent la lèvre inférieure et les dents supérieures, [d, t] la pointe de la langue et les dents, [s, z, l, r] la pointe de la langue et les alvéoles, [k, g] la racine ou le dos de la langue et le palais mou. Et enfin, deux sons ont besoin d'utiliser trois organes simultanément : langue, dents et voile du palais : [n, ñ]. C'est la langue qui est le plus sollicité puis viennent les lèvres en tant qu'organes mobiles. Les organes fixes les plus utilisés sont les dents, les alvéoles et le palais. La langue, très mobile, a la faculté de toucher de nombreux organes : des dents au voile du palais. Les lèvres inférieures ont un champ de déplacement moins vaste : elles ne vont pas plus loin que le sommet des dents supérieures. Les autres organes ont une latitude de déplacement très réduit. En général, il y a action d'un organe mobile sur un organe fixe. Tous les sons en vezo mettent en jeu l'expiration, même le [h] dit improprement « h aspiré ».

Les lieux d'articulation sont insuffisants pour caractériser chaque son produit. Ainsi le caractère apico-alvéolaire ne permet pas de distinguer [l] de [s] ou [z]. Ensuite ces lieux d'articulation sont imprécis à cause de la mise en oeuvre de nombreux phénomènes d'anticipation ou de compensation par exemple. C'est pourquoi il est nécessaire de trouver d'autres moyens de description pour distinguer nettement chaque son en question. Si la plupart des phonéticiens ont constaté que les modes d'articulation pouvaient différer d'un son à l'autre, leur liste pouvait s'allonger en fonction de leur imagination et de leurs impressions du moment. A notre niveau, bien que frappé par le caractère peu tendu de certains sons, nous avons préféré nous en tenir aux observations les plus couramment admises.

Classement provisoire de ces consonnes : (Remarque : dans le tableau qui suit, les termes « fricatif » et « spirant » sont impropres puisque nous sommes placés sur un plan physiologique. Mais faute d’avoir trouvé d’autres termes, nous avons dû les employer pour signaler les diverses impressions auditives des consonnes constrictives étudiées ci-après).

 

 

constrictif

 

 

 

 

 

 

 

occlusif

fricatif

spirant

latéral

oral

nasal

non voisé

voisé

vocalique bref

[p]

+

 

 

 

+

 

+

 

 

[b]

+

 

 

 

+

 

 

+

 

[t]

+

 

 

 

+

 

+

 

 

[d]

+

 

 

 

+

 

 

+

 

[k]

+

 

 

 

+

 

+

 

 

[g]

+

 

 

 

+

 

 

+

 

[m]

+

 

 

 

 

+

 

+

 

[n]

+

 

 

 

 

+

 

+

 

[ñ]

+

 

 

 

 

+

 

+

 

[^]

+

 

 

 

+

 

+

 

 

[f]

 

+

 

 

 

 

+

 

 

[v]

 

+

 

 

 

 

 

+

 

[s]

 

+

 

 

 

 

+

 

 

[z]

 

+

 

 

 

 

 

+

 

[j]

 

+

 

 

 

 

 

+

+

[w]

 

+

 

 

 

 

 

+

+

[ƒ]

 

 

+

 

 

 

+

 

 

[¥]

 

 

+

 

 

 

 

+

 

[h]

 

 

+

 

 

 

+

 

 

[r]

 

 

+

 

 

 

+

 

 

[l]

 

 

 

+

 

 

 

+

 

En premier lieu, l'air qui s'écoule normalement à l'extérieur des poumons se trouve entravé de deux manières différentes : par occlusion plus ou moins violente ou par constriction plus ou moins forte. Comme on l'a déjà dit plus haut, les consonnes vezo sont peu tendues, si peu tendues qu'elles déroutent même les merina lors d'un premier contact. C'est pourquoi, la constriction en vezo peut prendre sur le plan acoustique un caractère fricatif, spirant ou liquide. Il y a presqu'autant de consonnes occlusives que de consonnes constrictives. Mais ces deux modes sont encore nettement insuffisants pour distinguer nettement les sons. Aussi peut-on ajouter le trait oral s'opposant au trait nasal, le trait non voisé s'opposant au trait voisé et accessoirement note-t-on un trait latéral pour [l] et un trait vocalique pour les deux semi-consonnes [j] et [w]. Toutes les consonnes associent plusieurs traits : [b] peut être à la fois occlusif, oral et voisé, [f] peut être à la fois fricatif et non voisé. Mais en phonétique, l'important n'est pas de définir des sons mais de les opposer à d'autres sons. Certains traits, en outre, en excluent d'autres. En vezo, un son ne peut être à la fois constrictif et nasal ou occlusif et latéral. Si les traits non voisés et voisés caractérisent la plupart des consonnes, les traits oraux ou nasaux se limitent aux seules occlusives.

Certains sons possèdent en commun les mêmes traits. Ainsi, [p, t, k, ^] sont occlusifs, oraux et non voisés. [m, n, ñ] sont occlusifs, nasaux et voisés, [f, s] sont fricatifs et non voisés. Nous avions fait la même remarque pour les sons qui utilisaient les mêmes lieux d'articulation. C'est la combinaison des modes et lieux d'articulation qui vont permettre de les opposer un à un. Le tableau qui va suivre va permettre de constater que des groupes plus ou moins importants de consonnes s'opposent par un seul trait pour un même lieu d'articulation. Ainsi, on peut avoir :

- une opposition non voisée~voisée pour [p]~[b], [t]^[d], [k]~[g], [f]~[v], [s]~[z], [ f]~[ v]

- une opposition orale-non voisée~nasale pour [p]~[m], [t]~[n], [k]~[ñ]

- une opposition orale-voisée~nasale pour [b]~[m], [d]~[n], [g]~[ñ]

Seuls les sons [^, r, h, l, j, w] ne rentrent pas dans ce système d'oppositions.

Les deux sons [j] et [w] n'ont pas tout à fait leur place dans ce tableau pour la raison suivante : bien qu'on perçoive nettement un bruit de friction semblable à celui d'une constrictive, que [j] soit palatisé et [w] vélarisé mais non labialisé (ou très peu) comme en français, ces derniers bien que très fermés, se comportent comme des voyelles qui, elles, sont toutes sonores. Mais comme les consonnes, ils ne peuvent être prononcés seuls à l'instar des voyelles. En vezo, ils servent toujours de sons de transition entre une consonne et une voyelle ou entre deux voyelles et ils restent brefs. A notre connaissance, ils ne fonctionnent jamais réellement comme une consonne comme en français dans [jeti] ou [wawa].

I. Tableau des consonnes en fonction des modes et lieux d’articulation

 

 

 

 

Lieux d’articulation

 

 

 

 

bi-labiales

labio-dentales

apico-dentales

apico-alvéolaires

dorso-palatales, post-palatales

dorso-vélaires

laryngales

 

 

 

orales

non voisées

[p]

 

[t]

 

 

[ki]

[kê]

[ke]

[k i ]

[k]

[ky]

[kJ]

[ka]

[ke]

 

[kw]

[ko]

[kâ]

[kr]

[^]

 

occlusives

orales

voisées

[b]

 

[d]

 

 

[gi]

[gê]

[ge]

[g i ]

[g]

[gy]

[gJ]

[ga]

[ge]

 

[gw]

[go]

[gâ]

[gr]

 

modes

d’articu

lation

 

 

nasales

voisées

[m]

 

[n]

 

[ñ]

]

[ñê]

[ñi]

e]

[ñe]

i]

[h]

[hw]

[hu]

[ho]

[hâ]

[hr ]

[ha]

 

 

 

fricatives

non voisées

 

[f]

 

[s]

 

 

 

 

 

 

voisées

 

[v]

 

[z]

[j]

[w]

 

 

constrictives

spirantes

non voisées

[ƒ ]

 

 

[r]

 

 

[h]

 

 

 

voisées

[¥]

 

 

 

 

 

 

 

latérales

 

voisées

 

 

 

[l]

 

 

 

Les sons [k], [g], [ñ] et [ h] ont cette particularité d’être fortement colorés par les voyelles qui les suivent. Leur lieu d’articulation change selon que la voyelle est antérieure, centrale ou postérieure.

Nous avons défini, arbitrairement, il faut bien l'admettre, un certain nombre de quantités discrètes par découpages de chaque groupe de souffle, le mot ou la phrase n'ayant pas de signification en phonétique. Normalement, le découpage est facile puisqu'on constate généralement sur l'oscilloscope, des creux alternant avec des crêtes et qui correspondent à des consonnes et à des voyelles. En outre, une consonne se caractérise soit par une occlusion, soit par une constriction. Mais il arrive qu'on trouve des sons qui combine ces deux traits, non en une somme simple sur l'axe syntagmatique, occlusion plus constriction par exemple, mais en un résultat inférieur à la quantité attendue. Une interprétation est possible si on analyse de plus près les faits. Une occlusion et une constriction comporte chacune trois phases : la mise en place des organes, la tenue et la détente. Ainsi, pour [ts], on devrait avoir [mise en place, tenue, détente] + [mise en place, tenue, détente] avec passage de la dentalité pour [t] à l'alvéolarité pour [s]. Or on a [mise en place, tenue, détente, rupture progressive de l'occlusion] sans passage de la dentalité à l'alvéolarité. Serait-il finalement un seul son au lieu d'une suite de deux sons ? Certains phonéticiens disent que c'est un seul son qui n'est ni occlusif ni constrictif mais affriqué. Une étude très fine sur ordinateur penche pour cette hypothèse. L'écran montre d'abord une absence d'ondes qui correspond à la mise en place des organes et à la tenue, puis suit un train d'ondes irrégulières de moyenne amplitude et de fréquence élevée correspondant habituellement au [s] normal.

 

II. Tableau des consonnes en fonction des modes et lieux d’articulation : récapitulatif

 

 

 

 

Lieux d’articulation

 

 

 

 

bi-labiales

labio-dentales

apico-dentales

apico-alvéolaires

dorso-palatales

dorso-vélaires

laryngales

 

 

modes d’articulation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

orales

non voisées

[p]

 

[t]

 

[ki]
[kê]
[ke]
[ki]

[k]
[ky
[kJ]
[ka]
[ke]

[kw]
[ko]
[kâ]
[kr]

[^]

occlusives

 

 

 

 

 

[b]

 

[d]

 

[gi]
[gê]
[ge]
[gi]

[g]
[gy]
[gJ]
[ga]
[ge]

[gw]
[go]
[gâ]
[gr]

 

nasales

voisées

[m]

 

[n]

 

[ñ]
]
[ñê]
[ñi]
e]
[ñe]
i]

[h]
[hw]
[hu]
[ho]
[hâ]
[hr]
[ha]

 

nasalo-orales

non voisées

[mp]

 

[nt]

 

[nk]

 

voisées

[mb]

 

[nd]

 

[ng]

 

 

 

[ndz]

 

 

 

 

affriquées

non voisées

 

 

[nts]

 

 

 

 

orales

non voisées

 

 

[ts]

 

 

 

 

 

voisées

 

 

[dz]

 

 

 

 

 

constrictives

 

fricatives

 

non voisées

 

[f]

 

[s]

 

 

 

voisées

 

[v]

 

[z]

[j]

[w]

 

spirantes

 

non voisées

[ f]

 

 

[r]

 

 

[h]

voisées

[¥]

 

 

 

 

 

 

latérales

 

 

 

 

 

[l]

 

 

 

 

[s]

[ts]

3.3. Conclusion

Comme en phonétique acoustique, chaque son ou supposé tel ne se laisse pas facilement appréhendé. Si, sur l’oscilloscope, on repère des zones « neutres » entre chaque son, la position et la tension des organes phonatoires ne sont pas les mêmes pour chacun dans des environnements différents. De nombreux phénomènes de compensation interviennent. A l’extrême, on peut très bien se faire comprendre même si on mange, si on a une pipe à la bouche ou si on est enrhumé par exemple. L’étude présente n’en restera que plus grossière par manque d’appareils tels des palatogrammes ou des radiographes.

3.4. Étude physiologique des voyelles

Lorsque nous avions abordé l’étude acoustique des sons, nous avions remarqué que les trains d’ondes de certaines consonnes comme [m, n, ñ, r, h] ressemblaient à celui des voyelles. Leur visualisation ne permettait pas de les séparer en deux groupes. Mais physiologiquement, on s'aperçoit que le groupe des voyelles rencontre des obstacles beaucoup plus réduits que celui des consonnes en question. Avec les voyelles, on n’entend aucun bruit de frottement. Seule, la résonance compte.

Dans notre cas, ne disposant d’aucun moyen d’investigation moderne normalement mis à la disposition des chercheurs, nous serons obligés de procéder à une étude grossière, de faire souvent appel à des impressions personnelles et de faire confiance à nos informateurs vezo. Cependant, dans ce dernier cas, pour limiter les causes d’erreur, on peut interroger plusieurs informateurs séparément avec les mêmes questions étalées dans le temps et formulées différemment. En cas d’avis contraire, on procède à des confrontations.

Comme les consonnes, les lieux d’articulation donnent de précieuses informations sur la formation des voyelles, mais qui restent insuffisantes. Par exemple, un Vezo prononce le [u] sensiblement de la même façon qu’un Français, mais il n’arrondit pas les lèvres pour augmenter le volume labial. Il faut alors admettre qu’il doit nécessairement se passer quelque chose ailleurs pour compenser ce phénomène. Pour le [u], on a l’impression que la cavité située sous le palais augmente beaucoup plus de volume qu’en français.

Nous définirons aussi les voyelles par leur degré d’aperture, c’est-à-dire la distance de la langue au palais par exemple. Malgré une production importante de la nasalité en vezo, nous persistons à penser qu’il n’existe pas de voyelles nasales en vezo sauf dans l’utilisation récente de mots français comme [zâ] (et encore ! un « vrai » Vezo le prononce-t-il réellement ainsi ?). Pourtant, on entend souvent distinctement et très souvent des [â] (quasi-nasalisés ou semi-nasalisés) et beaucoup plus rarement des [ê]. C’est que ces voyelles subissent la coloration des consonnes nasales qui les suivent. On le constate nettement sur l’écran de l’oscilloscope simulé de l’ordinateur. Lorsqu’on isole [an] sur l’écran, on discerne clairement trois trains d’ondes :

- celui propre au [a] avec des ondes « douces » et amples mais dont l’amplitude diminue en fin d’émission,

- le train d’ondes reprend de la force traduisant ainsi la nasalisation du [a]

- il diminue ensuite beaucoup plus nettement et reprend avec moins de force : c’est le [n]

On obtient le schéma suivant :

- pour un [a] pur :

- pour un [a] nasalisé

Si on avait vraiment un [â], on n’aurait qu’un train d’ondes homogènes.

Ainsi, si la nasalité, la labialité ne peuvent être prises en compte pour élaborer le système vocalique vezo, la détermination de l’aperture et du lieu d’articulation seront-ils alors suffisants ou faudra-t-il trouver d’autres caractéristiques ? Nous avions pensé un moment jouer sur la tension articulatoire mais là aussi çà n’a pas marché car la plupart des sons sont peu tendus en vezo. Toutes les voyelles sont continues, voisées ou non voisées et bien sûr vocaliques par définition pour les opposer aux autres sons qui sont consonantiques sauf pour [j] et [w] qui ont un statut spécial. Certaines sont plus allongées, plus voisées ou totalement dévoisées et plus intenses que d’autres mais c’est dû uniquement à des effets prosodiques. Aucune n’est modulée.

Nous serons donc obligés de jouer seulement sur l’aperture des organes phonateurs et sur le ou les endroits où se produisent les sons étudiés. On peut déjà définir trois apertures : une petite, une moyenne et une grande, chercher quelle partie de la langue entre en jeu et l’endroit de la cavité buccale où la langue articule. Existe-t-il des voyelles antérieures, des voyelles postérieures ?

Nous avons déjà distingué quatre « sons de base » : [u], [i], [e], [a]. Pourquoi avoir choisi ceux-ci et pas d’autres ? C’est surtout parce que leurs occurrences comptabilisées sont très élevées par rapport au reste :

[a] = 410, [i] = 214, [e] = 152, [u] = 105, le nombre maximum des occurrences du son suivant étant de 62. On trouve ensuite les sons les plus communs à la plupart des autres langues. De plus, ces quatre sons sont simples, ils ne sont pas intermédiaires à d’autres sons.

- [a] est ouvert et articulé par la partie antérieure de la langue

- [i] est fermé et articulé par la partie antérieure de la langue

- [e] est semi-fermé et articulé par la partie antérieure de la langue

- [u] est fermé et articulé par la partie postérieure de la langue

[i], [e], [a] se forment dans la partie antérieure de la cavité buccale au-dessous du palais dur : [i] est le plus en avant, [e] est plus en arrière et [a] encore plus en arrière. Simultanément, les apertures augmentent.

[u] a son articulation sous le voile du palais et est très fermé.

D’où le premier schéma possible :

Les autres sons trouvés en vezo sont appelés mixtes car ils combinent deux sons simples. Ont-ils une valeur pertinente ? Nous le déterminerons en phonologie par l’étude des paires minimales. Ainsi avons-nous entendu les sons suivants (ou parfois cru entendre ?) :

[i] situé entre [i] et [e]

[w] ----------- [a] et [u]

[É] et [o] tels qu’on peut les entendre en français

[æ] situé entre [a] et [e]

[r] ------------ [a] et [É]

[â] et [ê] ne sont pas traités comme des voyelles pour les raisons invoquées précédemment

Puis, on a cru entendre (très rarement) les sons suivants :

[y] situé entre [u] et [i]

[y]

[] neutre

[j] situé entre [u] et [e]

[J] situé entre [e] et [o]

[e]

Remarque : [y] est surtout prononcé par les Vezo quand ils emploient des mots français contenant [y] : « piqûre » [pikyra], ni [pikira], ni [pikyra].

A partir de ces observations, nous pouvons ranger les voyelles ainsi :

3.5. Conclusion.

L’étude physiologique des voyelles est plus difficile que leur étude acoustique car souvent fondée sur des impressions. On se réfère et on fait confiance à ses propres sens ou à ceux des autres. Ce qui est positif, c’est la complémentarité entre l’étude acoustique et l’étude physiologique. Des hypothèses peuvent aussi se vérifier dans l’une et l’autre partie. Mais ne rien ne vaut l’emploi d’appareils de plus en plus sophistiqués éliminant au fur et au mesure tout risque d’erreur.

Quelques remarques générales clôtureront ce chapitre :

- dans l’appareil phonatoire, les divisions en régions sont quelque peu arbitraires. Il n’y a pas d’endroit déterminé une fois pour toutes, mais c’est plus le rapport entre les zones qui compte.

- pour les voyelles, la mesure de l’aperture est tout aussi arbitraire car où faut-il la prendre en compte : par rapport au palais dur, au voile du palais ou à la paroi du pharynx ?

- en vezo, le voile du palais ne semble pas jouer de rôle déterminant pour distinguer les voyelles orales des voyelles nasales comme en français.

- en vezo aussi, il n’y a pas de prédominance de l’articulation labiale comme en français.

- nombre de voyelles se dévoisent en fin de groupe de souffle.

- l’étude des diphtongues sera abordée en phonétique combinatoire.

 4. Les occurrences de sons.

 Des analyses ont été effectuées sur ordinateur pour calculer les pourcentages d’occurrences des sons vezo. L’échantillonnage a porté sur 2855 sons figurant dans les groupes de souffle du corpus oral de François. Voici certaines remarques qui en découlent :

- Les voyelles et les consonnes (semi-consonnes comprises) sont à peu près en nombre égal si on s’en tient au tableau 1, p. 66, excluant [ts, nts, ng, nz, mb...]

* 47,85 % d’occurrences pour les voyelles

* 52,15 % d’occurrences pour les consonnes.

Cela dénote une remarquable similitude avec le système phonétique français alors qu’on a deux fois plus de consonnes que de voyelles en anglo-américain.

- [a] est le son le plus employé pour les voyelles : (40 %) dans le système vocalique et 19,2 % dans le système global.

- Pour les consonnes, [n] et [t] viennent sensiblement en première position dans le système consonantique (respectivement 11,8 % et 11,7 %) mais ne représentent que 5,4 % et 5,3 % du système global.

- Les quatre voyelles de base [a, i, e, u] détiennent à elles seules 79,2 % des occurrences du système vocalique alors que, pour les consonnes, la fréquence diminue lentement et régulièrement. Les consonnes [n, t, k, m, z] représentent à elles seules, plus de la moitié des occurrences de toutes les consonnes.

- Les sons les plus rarement employés sont [e, ¶, r, j, y] pour les voyelles et [g, p] pour les consonnes.

- Pour les voyelles, on note une nette prédominance des sons antérieurs et une préférence pour le [a], son de grande aperture.

- Pour les consonnes, l’analyse, plus détaillée, figure dans les tableaux suivants :

Concernant les modes d’articulation

occlusives

[p, b, t, d, k, g, m, n, ñ, r]

48,49 %

constrictives

[f, v, s, z, j, w, ƒ, v, h, r]

45,13 %

latérale

[l]

6,39 %

orales

[p, b, t, d, k, g, ^]

26,92 %

nasales

[m, n, ñ]

12,3 %

voisées

[b, d, g, m, n, ñ, v, z, j, w, ¥]

57,15 %

non voisées

[p, t, k, ^, f, s, ƒ, h, r]

42,85 %

Concernant les lieux d’articulations

bilabiales

[p, b, m, f, ¥]

15,58 %

labio-dentales

[f, v]

6,58 %

apico-dentales

[t, d, n]

22,23 %

apico-alvéolaires

[s, z, r, l]

25,92 %

dorso-palatales et dorso-vélaires

[k, g, ñ, j, w]

25,92 %

laryngales

[h, ^]

7,12 %

- Les voyelles avant représentent 70,31 % du total contre 29,69 % des voyelles centrales et arrières. Il y a donc une forte prédominance des sons vocaliques antérieurs.

Les grandes familles des occlusives et constrictives ont une population sensiblement égale comme les voisées opposées aux non voisées. Les orales sont deux fois plus nombreuses que les nasales. Mais paradoxalement, comme on l’a déjà dit, un étranger, écoutant un Vezo parler, a une impression de nasalité des sons. Le Français moyen dirait qu’il parle un peu dans le nez ou qu’il nasille. Nous avions déjà fait part de nos impressions de douceur, nonchalance, de faible tension et de nasalisation du parler vezo nous déroutant, nous, Français qui sommes habitués à une forte tension de nos émissions vocales. Mais il faut se garder de généraliser à ce niveau de l’étude.

 

sons
occurrences
pourcentages
partiels
voyelles
consonnes
pourcentages
globaux
sons
occurrences
[a]
547
40,0
[a]
19,2
voyelles
1366
[i]
248
18,2
[i]
8,7
consonnes
1293
[e]
180
13,2
[e]
6,3
semi-consonnes
196
[i]
[u]
123
9,0
[n]
5,4
5
71
5,2
[t]
5,3
[o]
54
4,0
[k]
4,8

w
r
e
δ
ϑ
φ
y
[ae]

52
3,8
[u]
4,3
6
40
2,9
[m]
4,1
9
30
2,2
[w]
3,8
15
7
0,5
[z]
3,7
12
7
0,5
[l]
3,3
14
2
0,1
[r]
3,3
13
2
0,1
[s]
3,3
[y]
2
0,1
[j]
3,0
10
1
0,1
i
[h]
3,0
1366
100
5
2,5
[b]
2,0
[o]
1,9
[j]
87
44,4
[ae]
1,8
[w]
109
55,6
[ñ]
1,8
196
100
[f]
1,6
w
r
[v]
1,6
[n]
153
11,8
6
1,4
[t]
151
11,7
9
1,1
[k]
138
10,7
[d]
0,9
[m]
118
9,1
[^]
0,7
[z]
105
8,1

e
δ
ϑ
φ

[p]
0,3
[l]
95
7,3
15
0,2
[r]
93
7,2
12
0,2
[s]
93
7,2
14
0,1
[h]
87
6,7
13
0,1
[b]
56
4,3
[y]
0,1
[ñ]
50
3,9
[g]
0,1
[f]
46
3,6
[¥]
0,1
[v]
45
3,5
y
[ƒ]
0,1
[d]
27
2,1
10
0,0
[^]
19
1,5
[p]
8
0,6
[v]
4
0,3
total
général
2855
[ƒ]
3
0,2
[g]
2
0,2
1293
100
total
général
2855

 

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